Notre entretien avec Bagarre - Partie 1

La danse comme une sorte de défouloir ?

ED : On peut le voir comme ça.
MA : Nous, c’est un défouloir dans la composition, on y met ce qu’on vit. Après, c’est le passage au concert qui est vraiment l’ADN de notre groupe. Pendant longtemps, ça nous faisait plus chier d’aller en studio que de monter sur scène. Mais il faut bien écrire des chansons parce que sinon tu n’as rien à faire sur scène. Il y a ce truc-là avec le public et la façon dont tu peux te faire changer toi à travers les morceaux. Bagarre, c’est hyper protéiforme. Si tu demandes à tous les membres du groupe, ils vont tous avoir une raison différente de se battre. Parfois c’est contre soi, parfois c’est contre un groupe politique ou ce qui t’emmerde dans ta propre vie. C’est un mood en fait.


Vous définissez votre musique comme « musique de club ». C’est quoi pour vous un club ? Un espace de liberté où on est protégé ?

MA : C’est tout cela à la fois. Au début, on a dit « musique de club » parce qu’on nous demandait « vous faites quoi ? ». On sortait des années 2000 et de la post pop-indé alternative à la post-punk…
ED : Oui, de la classification des musiques.
MA : Nous, on s’est dit qu’on ne faisait pas de la musique de chambre, on crée de la musique de club. C’était un pied-de-nez qui nous a défini réellement parce qu’à partir de là on s’est projeté dans la composition comme dans nos concerts dans cet espace mental et musical qui est le club et dans lequel on veut faire rentrer les publics qu’on a en face de nous. Après, c’est aussi que la musique dont on s’est inspirés vient du club. Ce sont des musiques orales, souvent de minorités qui sont dans des lieux protégés et des lieux de transgression ou de liberté. C’est ça qui nous a intéressé, s’octroyer ce club-là. Évidemment, on n’est pas des jazzmen noirs américains dans les années 50, mais il y a cette idée que c’est un espace où tu peux être qui tu veux. À commencer par nous-même.
ED : Il y a aussi cette idée du club où tu n’y vas pas comme quand tu vas à un concert où tu vas voir quelqu’un. Tu peux avoir un milliard de raisons d’aller danser dans un club, et nous, c’est ce qui nous intéresse. Même dans la relation avec le public, ne pas avoir un truc binaire de spectateurs et d’artistes, mais de pouvoir un peu flouter tout ça et faire partie d’un tout qui est ce club. C’est un truc qui nous tient vachement à cœur. Après, évidemment, quand tu es sur scène, il y a des crash barrières avec 10 000 personnes devant. Physiquement, ce n’est pas possible, mais quand tu y penses et que tu essaies de créer cette chose-là, ça existe, on le ressent.
MA : Même si c’est plus facile dans une salle de 300 personnes à Orléans d’avoir une proximité qu’à Solidays où c’est une machine. C’est le côté à la fois galvanisant et bête de l’industrie musicale. Il y a 10 000 personnes, et il faut aussi se dire là je vais essayer de m’adresser à tout le monde et de mettre en place des trucs, que tu dis ou que tu fais faire aux gens, pour créer cette proximité et rester soi. Pas juste un artiste derrière un écran. C’est le truc qu’on a jamais voulu avoir et qui nous a jamais fait kiffé quand on était dans le public.

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