Notre entretien avec Girls in Hawaii

"Une des guidelines du disque était : ne pas utiliser, ou utiliser très peu de guitares"

4 ans après Everest, les Girls in Hawaii nous entrainent vers un univers plus électronique et onirique avec leur magnifique nouvel album Nocturne dont le vinyle dédicacé est présent dans la box 2 !

Pour nous en parler, Lionel et Antoine ont très gentiment répondu à nos questions sur ce que réprésente ici le thème de la nuit, la phase de création, l'aide apportée par l'hypnose ainsi que sur la très jolie pochette de l'album. 

Après Everest, vous sortez Nocturne. N’est-ce pas un titre d’album un peu pesant ?

Lionel Vancauwenberghe : On a peut-être voulu être plus évasif sur celui-ci. Là où sur Everest il y avait cette énorme présence, ce thème du deuil. C’est clair que là on a plus voulu aller dans des teintes, on a voulu se détacher du fond. Le terme est plus doux, plus mystérieux aussi.

Le nocturne fait référence à quoi ? A la nuit, à l’état du monde ?

Lionel Vancauwenberghe : C’est ça qui nous plaisait dans le mot, c’est un peu caléidoscopique, on peut y voir beaucoup de choses. Sur le monde pourquoi pas, on n’y avait pas vraiment pensé, on voyait plutôt ça comme tout l’univers parallèle de la nuit, la solitude de la nuit qui peut être belle aussi, toutes les formes de vie nocturne.

Dans la notion de clair-obscur, l’album débute par The Light. Mais c’est une lumière auprès de laquelle il ne faut pas trop s’approcher. Que représente cette lumière ?

Antoine Wielemans : C’est juste la lumière du jour qui revient. C’est l’histoire de quelqu’un qui erre la nuit, son monde c’est la nuit et quand le matin arrive, il rentre chez lui et ferme vite ses volets pour ne pas être violenté par la lumière du jour. C’est juste un trip comme ça. Ce n’est pas une histoire personnelle.

Pour ce disque on avait envie de moins écrire de manière autocentrée, sur nos émotions, nos sentiments, nos sensations. Ce qu’on avait beaucoup fait sur les trois premiers disques. On voulait ici un peu plus observer le monde autour de nous et commencer à avoir un regard plus extérieur, avec un peu plus de descriptions et imaginer des histoires, imaginer les gens, parler du monde dans lequel on vit, parler de la société.

Justement vous parlez du monde, mais ce n’est pas toujours très gai ?

Antoine Wielemans : Je crois qu’il y a des touches d’espoirs par moment, mais c’est vrai qu’on n’est pas dans un monde qui est toujours hyper gai. C’est un monde cruel, un monde violent.

Lionel Vancauwenberghe : Après, il y a une propension humaine à voir toujours le négatif. Parce que dans le disque, si j’y pense, il y a aussi des morceaux assez ouverts, Walk par exemple. Mais c’est vrai que les choses violentes et dures frappent plus l’imaginaire.

C’est une réalité qui vous a marqué ?

Lionel Vancauwenberghe : Généralement quand il y a des tensions, des violences, des choses sombres, c’est qu’il y a un problème quelque part et qu’il y a quelque chose à résoudre. C’est aussi le propre de l’homme de s’afférer autour des choses que ne se passent bien et de les résoudre.

Antoine Wielemans : C’est peut-être aussi les morceaux les plus marquants, parce que vers le milieu du disque il y a toute une partie des morceaux qui ont été construits à partir de séances d’hypnoses qu’on a faites. Du coup, c’est un langage un peu plus abstrait, le langage du rêve, un peu moins marquant car un peu moins précis, moins clair.

"Tu te rends compte de la richesse qu’on a intérieurement qu’on n’exploite jamais"

J-6 avant Nocturne! #girlsinhawaii #newalbumnocturne

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Vous avez dit que c’était un album qui fût facile à écrire et à réaliser. C’est grâce à l’hypnose ?

Antoine Wielemans : Ça a peut-être facilité. C’était le but en tout cas. On a fait ça au tout début, on a fait deux, trois séances chacun.

Lionel Vancauwenberghe : C’était très agréable.

Ça consistait en quoi ?

Lionel Vancauwenberghe : On n’a pas fait ça par rapport au disque. Je crois qu’on avait fait ça dans notre coin, parce qu’on a des amis qui sont un peu là-dedans. C’était pour l’expérience, mais c’était génial, c’était complètement trippant.

Antoine Wielemans : Je voyais un psy qui faisait de l’hypnose et j’en avais parlé une fois avec lui, c’était dans la période de début de l’écriture du disque, on était entrés à la maison depuis 3-4 mois. Je sais que pour les trois premiers disques de Girls in Hawaii on avait pas mal souffert créativement. Avec des moments un peu douloureux. Autant Lionel que moi, on était un peu fatigués de ça. On avait vraiment envie de mettre de l’énergie à comprendre et à développer une manière de travailler plus sereine. Donc j’ai fait des séances d’hypnose avec ce psychothérapeute parce qu’il m’avait dit « je peux travailler, si ça t’intéresse, sur l’idée de la créativité, ensemencer des choses en toi, te donner confiance. C’est ton boulot, tu vas devoir être créatif. » Ça m’a intéressé, je l’ai fait un peu comme ça, par curiosité. Ce qui a très bien marché. C’est de l’hypnose semi-éveillé, où tu racontes plein de trucs pendant des heures et un ou deux jours après la séance, les choses te reviennent, tu les écris. Tu te rends compte de la richesse qu’on a intérieurement et qu’on n’exploite jamais. Quand on bad un peu et qu’on ne se trouve pas créatif, pas original, c’est faux, on a mille choses à l’intérieur. Il faut juste trouver la manière d’aller les chercher. C’était super intéressant et encourageant.

Ça vous a donné les premières idées de certaines chansons ?

Antoine Wielemans : Après on avait des pages de carnet entières remplies de ce genre de trucs. Tu te rends compte que ce sont des idées qui n’ont pas beaucoup de sens mais par contre c’est un langage génial, c’est assez gai de le juxtaposer et que ça crée des sens, des sens planqués, un peu comme le langage des rêves, ça crée des chansons.

Lionel Vancauwenberghe : Tu te rends compte que tu as une personnalité construite sur le symbole, un monde symbolique. Ça nous a amené à penser la pochette en termes de peinture avec beaucoup de symboles. C’est vrai que ça a quand même dirigé pas mal le disque.

Antoine Wielemans : Nocturne se réfère pas mal à ça. C’était le monde de l’hypnose, ça nous faisait penser au monde du rêve, le monde de la créativité de la nuit. Avec des moments hyper particuliers quand on crée la nuit, le vide, l’isolement. Quand on cherchait une esthétique, un nom pour le disque, on savait que ça devait avoir quelque chose à voir avec le rêve, la nuit, les songes.

Nocturne - Girls in Hawaii

Un mot sur la pochette que vous avez évoquée ?

Lionel Vancauwenberghe : Elle vient d’un anglais qui s’appelle Tom Hammick. C’était une longue recherche. On avait besoin d’une image pour asseoir tout ce dont on vient de parler. Comme on n’avait pas un thème clair et précis, comme le précédent par exemple, on a eu l’impression de faire le disque comme une peinture, avec beaucoup de teintes, beaucoup de formes, c’était un peu abstrait. On avait besoin d’une image qui allait assoir le thème du disque. Cette image est venue un peu comme une révélation.

Antoine Wielemans : C’est un long travail qu’on fait chacun de son côté, où on cherche énormément, où on voit énormément de choses, et on échange, on se montre des trucs. Parfois je suis super convaincu de quelque chose, Lionel ça ne lui parle pas tellement, parfois c’est le contraire, il est super convaincu d’un truc et moi ça ne fait pas écho, et parfois on tombe sur quelque chose qui fait sens pour nous deux, qui a vite fait sens dans le groupe. Le travail en général de ce peintre-là est avec beaucoup de tableaux de nuit, beaucoup de tableaux assez contemporains, grands formats, avec beaucoup de travail sur les ambiances, les couleurs, les lumières.

Lionel Vancauwenberghe : Il y a un cousinage entre son travail et le nôtre.

Antoine Wielemans : Après ce qui était dur, c’était de choisir une seule image, pace que c’est son travail dans la globalité qui est super intéressant. C’est à travers une cinquantaine de tableaux qu’il y a un univers qui se construit, il y a des phases très différentes de son travail.

Lionel Vancauwenberghe : C’était une phase assez passionnante de devoir chercher. Allez se renseigner partout, ouvrir son savoir et essayer d’interpréter après coup ce que tu as fait en studio. C’est super marrant. Il n’y a rien de prémédité, je crois que c’est le cas de beaucoup de groupes. Tu te retrouves en studio, tu fais de la musique, tu lances ta canne à pêche et après tu essaies de trouver du sens. Il y a des artistes qui ne sont pas comme ça, mais je crois qu’il y en a pas mal qui sont en lâcher-prise et ils se rendent compte après de ce qu’ils ont fait.

Antoine Wielemans : Il y a après des côtés clairs-obscurs dans l’album, des moments plutôt lumineux ou plutôt très durs, et dans le tableau il y a vraiment ça aussi. C’est ça que j’aime beaucoup. Il y a un truc à la fois très reposant, calme, presque attachant qui se réfère aux ambiances de nuit l’été, les nuits chaudes autour d’une piscine, d’un lac, ces moments magiques. Et en même temps il y a, avec cette éruption volcanique, des trucs hyper inquiétants où ça fait tableau de fin du monde.

Sur ce disque il y a un peu plus d’électronique, un peu plus de clavier, comment est-ce venu ?

Antoine Wielemans : Ce qui est passionnant dans la musique c’est de découvrir un nouveau truc, un nouveau terrain de jeu, un truc que tu ne maîtrises pas, c’est ça qui est excitant. Quand tu retombes dans les trucs qu’on sait faire et qu’on a déjà fait ça ne nous intéresse pas tellement.

Une des guidelines du disque était « ne pas utiliser, ou utiliser très peu de guitares ». Parce qu’Everest avait été beaucoup composé avec des guitares acoustiques, dans les Ardennes, dans un petit chalet et ensuite on a essayé de le moderniser en studio. Ici, l’idée était de composer tout le disque sur base de claviers, de boites à rythmes et de voix. Comme ça, ça nous faisait écrire de manière très différente parce qu’on n’a pas les mêmes repères. Et c’était souvent beaucoup plus neuf et bizarre pour nous. Une guitare a toujours un peu le même son, alors qu’il y a des tonnes de claviers différents qui existent. Ce sont les mêmes accords, mais quand tu chipotes avec des paramètres tu as des sons super étranges, ça te donne de nouvelles idées, d’autres ambiances.

Votre réalisateur Luuk Cox, est le même que pour Everest, comment s’est-il adapté au nouveau son ?

Antoine Wielemans : Ce n’était pas du tout écrit qu’on retravaille avec lui. A priori, au départ, on était plutôt pour travailler avec quelqu’un d’autre, de nouveau. Et plus on avançait dans la quête, plus on sentait que ça pouvait être chouette de le faire avec lui. Aussi parce qu’on avait le sentiment d’une rencontre hyper cool sur Everest et un peu inachevée. On avait, sur la fin d’Everest, commencé à trouver une manière de travailler avec lui. Il nous avait emmené dans des territoires assez intéressants. Surtout il nous avait appris en studio à lâcher prise et à ne pas être stressé du résultat, à se laisser faire, à se laisser un peu aller, à se laisser un peu diriger. Il reprenait nos morceaux, nos mélodies, nos accords, et après il les emmenait ailleurs. On avait trouvé ça hyper fascinant, hyper cool, hyper agréable en fait.

Quand on est allé lui faire écouter, juste pour voir sa réaction, on n’était pas sûrs de travailler avec lui mais on voulait voir ce qu’il en pensait, il a été directement ultra enthousiaste. Il y avait plein de maquettes qui pour le coup n’étaient finalisées, on avait préféré faire beaucoup d’ébauches plutôt que quelques morceaux aboutis. Et justement il a trouvé ça génial et il a dit « surtout, arrêtez de bosser c’est parfait ! On loue le studio, c’est une base de travail géniale. » En effet, tout restait très ouvert, on a vraiment pu créer des choses en studio. Et là où il y avait une vague idée de chanson, c’est devenue une chanson géniale en studio. Là où on avait une chanson plus installée qu’on a essayé de travailler, ça n’a pas forcément fonctionné après sur le disque. Il y a eu de beaux accidents en fait.

Vous avez gagné lors des Octaves de la Musique le prix Jeff Bodart de la Sabam. Ca vous fait quoi de recevoir des prix ?

Antoine Wielemans : Pour l’album d’avant, on avait gagné deux awards dont un en Belgique, le prix de la meilleure tournée et ça, ça nous avait vraiment fait plaisir, parce que c’est un gros investissement humain, les 6 personnes du groupe, les ingénieurs du son, les lights. C’est un peu la consécration de tout un travail. Ça, ça nous avait beaucoup plu de recevoir ce truc-là. Après, les prix… c’est tellement subjectif la musique.

C’est tout de même une forme de reconnaissance ?

Antoine Wielemans : Honnêtement, la principale reconnaissance qui nous fait vraiment plaisir c’est de lire de chouettes critiques sur notre disque et d’avoir une réaction des fans à qui ça apporte vraiment quelque chose de particulier. Et même parfois des gens qui ne sont pas particulièrement fans mais qui sont journalistes ou public extérieur ou bien en relation autour de nous, des gens du label, qui parlent du disque et qui t’expliquent ce qu’ils ont trouvé beau dedans, d’intéressant, de tripant. Ça c’est chouette. C’est un gros investissement, un an, deux ans et nous, on se retrouve toujours à un moment où on a trop écouté le disque, on l’a trop bouffé de partout, on a toujours une forme de doute aussi, et on ne voit plus que les défauts du disque. C’est le moment où tu es content de le lâcher. Quand tu as planqué un truc pendant deux ans dans ton coin, c’est un moment assez beau.

Que peut-on vous souhaiter pour la sortie de l’album ?

Lionel Vancauwenberghe : Une cool tournée, amusante, épanouissante. Beaucoup de dates, plein de gens. C’est clair que jouer devant des salles complètes c’est super gai. Enfin tout ça c’est la rencontre avec les gens. C’est un truc qu’on a appris à aimer avec le temps. C’est de mieux en mieux en général.

Antoine Wielemans : Un tube ! Notre premier tube mondial !

Merci !

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